Comprendre les indulgences

L’enseignement de l’Eglise sur les indulgences (Catéchisme de l’Eglise Catholique n. 1471-1479) est souvent mal compris. Or, c’est un des trésors de la Miséricorde divine.

 

Quelle est la différence entre le pardon des péchés et le don des indulgences ?

Rien de mieux qu’une histoire pour expliquer la différence :

C’est l’histoire d’un petit garçon. En jouant au ballon dans un jardin, il casse la fenêtre du voisin (nos péchés). Le lendemain, tout penaud, il va sonner à la porte du voisin. Le petit garçon lui demande pardon (la confession). Le bon et infiniment aimable voisin se réjouit de pardonner au petit garçon (le pardon des péchés donné dans le Sacrement de pénitence). Le petit garçon promet qu’il va ramasser les bris de verre (la pénitence), mais il reste que la fenêtre est cassée (les conséquences dues au péché). Le bon et infiniment aimable voisin dit que son fils est vitrier et qu’il peut réparer entièrement la fenêtre (l’indulgence plénière), avec le modeste concours du garçon (acte indulgencié) et l’aide précieuse des amis à lui qui ont l’habitude de lui donner un coup de main (la communion des saints).

Quand nous recevons le pardon dans le Sacrement de pénitence, au moment de l’absolution, tous nos péchés sont pardonnés par le Christ qui agit dans le ministère du prêtre. Le pardon a restauré la relation entre Dieu et l’homme. Mais notre péché n’a pas abîmé que cette relation avec Dieu ; il a aussi des conséquences temporelles : il a brisé l’harmonie entre les hommes, entre l’homme et la création et, dans l’homme, entre l’âme et le corps. Ces conséquences dues au péché sont appelées « peines temporelles » : elles sont remises par la miséricorde de Dieu que l’homme accueille et à laquelle il coopère par plusieurs moyens, dont la réception des indulgences.

 

Comment coopérer à la réparation des conséquences de nos péchés ?

1/ La pénitence donnée en confession. Elle contribue non pas au pardon de nos péchés (donné par la seule confession sincère et l’absolution reçue) mais à la réparation des conséquences de nos péchés. Voilà pourquoi il n’est pas requis à la validité du sacrement que le prêtre donne une pénitence : même sans celle-ci, on est vraiment pardonné de ses péchés. Mais cela appartient à l’intégrité du sacrement et il est alors légitime de demander une pénitence si le confesseur a oublié ou négligé de le faire. Cette pénitence ne répare cependant que partiellement les peines dues au péché.

 

2/ Tous les actes de charité et de miséricorde, toutes nos prières, ainsi que tous les actes par lesquels on peut unir nos souffrances à celles du Christ. La fin de la vie humaine et les souffrances qui accompagnent la vieillesse ou la maladie peuvent être profondément réparatrices si elles sont unies à la Passion du Christ.

 

3/ Les indulgences. « L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l’action de l’Eglise, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints » (CEC 1471). En vertu de la communion des saints, c’est-à-dire de la même et unique charité qui relie tous ceux qui sont unis au Christ par la foi, il y a un échange des biens. « Ces biens spirituels de la communion des saints, nous les appelons aussi le trésor de l’Eglise, ‘qui n’est pas une somme de biens, ainsi qu’il en est des richesses matérielles accumulées au cours des siècles, mais qui est le prix infini et inépuisable qu’ont auprès de Dieu les expiations et les mérites du Christ Notre Seigneur, offerts pour que l’humanité soit libérée du péché et parvienne à la communion avec le Père. C’est dans le Christ, notre Rédempteur, que se trouvent en abondance les satisfactions et les mérites de sa rédemption (cf. He 7,23-25 9,11-28)’ » (CEC 1476). Par les indulgences, l’Eglise puise dans ce trésor afin de l’appliquer à ceux qui veulent en profiter. Mais comme il appartient au projet de Dieu que l’homme coopère à la rédemption, mérite par ses actes la grâce gratuite de Dieu, l’Eglise demande que le fidèle qui souhaite obtenir une indulgence pose un acte : l’acte indulgencié.

 

Quels sont les actes indulgenciés ?

Ces actes sont nombreux, et décrits avec précision dans le Manuel des indulgences, publié par la Pénitencerie apostolique en 2000. Parmi ces actes, on peut noter par exemple, le fait de recevoir la bénédiction Urbi et Orbi du pape, de renouveler les promesses de son baptême le jour de la vigile pascale ou de visiter une basilique majeure de Rome en récitant un Credo et un Notre Père. Mais de manière beaucoup plus régulière, une indulgence plénière est accordée à celui qui visite le Saint-Sacrement pendant une demi-heure, lit la Sainte-Ecriture avec attention pendant une demi-heure, récite pieusement le chapelet avec plusieurs autres personnes. Il y en a donc de très ponctuels, mais certains peuvent être posés tous les jours.

 

A quelles conditions recevoir l’indulgence ?

1/ Poser l’acte indulgencié.

2/ Posséder la disposition intérieure du détachement complet du péché, même seulement véniel.

3/ Recevoir le Sacrement de pénitence, si possible le jour même.

4/ Recevoir la Sainte communion le jour même.

5/ Prier aux intentions du Saint-Père le jour même (un Notre Père et un Je vous salue Marie).

Ces conditions sont l’expression de notre volonté de conversion. Il ne s’agit pas de s’en tenir seulement aux pratiques extérieures : ces pratiques sont le signe de notre volonté intérieure de repartir de manière nouvelle avec le Christ. Elles manifestent en même temps notre foi en l’abondance de la miséricorde de Dieu.

 

Pour qui réparer ?

On peut recevoir une indulgence pour soi-même ou pour un fidèle défunt, mais jamais pour une autre personne encore vivante, car on ne connait pas son désir de se détacher du péché, ce qui est le cas pour nous ou pour les âmes des défunts qui n’attendent que cela.

 

Quelle est la différence entre indulgence plénière et indulgence partielle ?

Les indulgences plénières remettent la totalité de la peine due au péché. Les autres indulgences sont partielles, c’est-à-dire remettent une partie de cette peine. Pour ces indulgences partielles, l’Eglise parlait autrefois de « nombre de jours » de purgatoire en moins, indication qu’on peut retrouver dans certains missels ou certaines chapelles. Elle ne parle plus que d’indulgence partielle pour éviter que les fidèles tombent dans une vision comptable de la grâce.

 

L’indulgence spéciale accordée pendant l’épidémie du Coronavirus

 

Le confinement exigé par la lutte contre l’épidémie du Coronavirus rend difficile voire impossible l’accomplissement de certaines conditions pour recevoir l’indulgence (recevoir le Sacrement de pénitence, recevoir la Sainte communion). Aussi, l’Eglise a voulu assouplir ces conditions pour que les fidèles reçoivent ce trésor de la Miséricorde divine que sont les indulgences.

Par décret du 19 mars 2020, la Pénitencerie apostolique accorde l’indulgence plénière :

aux fidèles affectés par le Coronavirus, soumis à un régime de quarantaine par décision des autorités sanitaires, dans les hôpitaux ou à leur domicile si, avec une âme détachée de tout péché, ils s’unissent spirituellement via les moyens de communication à la célébration de la Messe, à la récitation du Rosaire, à la pieuse pratique du chemin de croix ou à d’autres formes de dévotion, ou si au moins ils récitent le Credo, le Notre Père et le Je vous Salue Marie, offrant cette épreuve dans un esprit de foi en Dieu et de charité envers leurs frères, avec la volonté d’accomplir les conditions habituelles (Sacrement de pénitence, communion eucharistique et prière aux intentions du Saint-Père), dès que cela leur sera possible.

-aux mêmes conditions, aux personnels de santé, aux proches et tous ceux qui, s’exposant à la contagion, assistent les malades du Coronavirus.

-aux mêmes conditions, aux fidèles qui s’occupent des malades par la prière, en accomplissant une visite au Saint Sacrement, ou l’adoration eucharistique, ou la lecture de la Sainte Ecriture pendant au moins une demi-heure, ou la récitation du Saint Rosaire, ou le pieux exercice du chemin de croix, ou la récitation du chapelet de la Divine Miséricorde, afin d’implorer de Dieu Tout-puissant la fin de l’épidémie, le soulagement de ceux qui en sont affligés et le salut éternel de ceux que le Seigneur a appelé à Lui.

aux fidèles sur le point de mourir, qui se trouveraient dans l’impossibilité de recevoir le sacrement des malades et le viatique, s’ils sont « dûment disposés » et qu’ils ont récités habituellement au cours de la vie quelques prières (en ce cas l’Eglise supplée aux conditions habituellement requises).

 

Par décret du 22 octobre 2020, la Pénitencerie apostolique étend l’indulgence plénière pour les défunts pour tout le mois de novembre, afin d’éviter l’affluence dans les cimetières et dans les églises.